Les couacs de la gestion de la crise sociale par Air France

Les couacs de la gestion de la crise sociale par Air France

 

Le nouveau président du Groupe Air France, Jean-Marc Janaillac a du souci à se faire pour opérer le redressement de la compagnie. Il aura suffi d’un grain de sable administratif, suivi d’un pataquès en ce qui concerne sa communication, pour tout compromettre.

Une annonce délicate dans un contexte sensible

La Direction d’Air France était donc engagée dans une négociation difficile en vue de la création d’une filiale low cost dont le personnel aurait bénéficié, bien entendu, d’avantages moins élevés que ceux du personnel de la société-mère.

Une réunion du comité central d’entreprise a lieu le 23 février. Des documents lui sont communiqués conformément à la loi. Parmi eux, la rémunération globale des quinze plus hauts salaires. Les élus du personnel découvrent alors que les membres du COMEX, en 2016, ont vu leur rémunération progresser de 41% par rapport à l’année précédente. Réplique embarrassée des représentants de la Direction : ce chiffre résulte « d’une mauvaise imputation comptable » ; ce n’est pas 41% mais 17,6% (seulement). C’est moins, il est vrai, que les 65% d’augmentation de la rémunération d’Alexandre de Juniac, avant son départ en 2015, qui avaient suffisamment fait scandale à l’époque.

Sidération et étonnement côté syndicats

Il y a de quoi être furieux. Les syndicats contre la Direction et Jean-Marc Janaillac contre les administratifs qui ont mis le feu aux poudres, peut-être en imaginant que ça passerait inaperçu, et qui ont ainsi compromis sa négociation. Croyant calmer le jeu, il explique, dans Le Parisien du 3 mars que les rémunérations individuelles n’ont en réalité augmenté que d’un peu plus de 5%. Et il le dit alors que la NAO (Négociation Annuelle Obligatoire) sur les salaires va s’ouvrir le 7 mars.

Mais il y a mieux : la raison qu’il donne à cette augmentation en est « la part variable des salaires liée à l’amélioration des résultats de la compagnie ». Les agents d’Air France, devant lesquels on ne cesse d’évoquer la nécessité de se serrer la ceinture, auront bien compris que les efforts qui leur sont demandés, à eux, n’y sont pour rien.

Conclusion

Voilà Air France reparti dans un cycle de mouvements de grève. Quant à la compagnie low cost, elle risque au mieux d’être retardée. On se contentera d’observer qu’il est étonnant, venant d’une entreprise qui, sur le plan technique, a plutôt bonne réputation dans le milieu, de manifester une telle nullité dans le domaine des relations humaines et sociales. Explication probable : l’accumulation, depuis des décennies, de pratiques fondées sur une culture technique et un sentiment profond de supériorité, venant de « ceux qui savent », par rapport à « ceux d’en bas ». réflexion  d’une hôtesse, à la dépose bagage d’Orly : « si la Direction descendait un peu sur le terrain, on n’en serait pas là ». Elle a parfaitement raison.

 

Par Hubert Landier

Gestion de crise

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