Au plus près de la gestion de la crise France Télécom Orange par Sébastien Crozier

Au plus près de la gestion de la crise France Télécom Orange par Sébastien Crozier

Sébastien Crozier nous raconte comment Wanadoo, que se voulait être France Télécom Orange, a été ébranlé par une série noire.

Diplômé de l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs en Electrotechnique et Electronique (ESIEE), Sébastien Crozier participe activement dès le début des années 90 aux différentes étapes de développement du réseau télécom et sa démocratisation en France. Il participe à l’initiation de Wanadoo avant de fonder sa propre entreprise d’internet Télécom. Au cours de son parcours dans ce secteur d’activité, il a dû faire face à différentes crises, notamment celle qui a secoué France Télécom et Orange suite à leur fusion. Il nous raconte comment le géant, que se voulait être France Télécom Orange, a été ébranlé par une série noire.

 

France Télécom Orange, un colosse aux pieds d’argiles.

France Télécom et Orange deviennent une seule entité et la fusion est effective en 2004. Ce sont deux entreprises que tout oppose. La première dépend de l’Etat tandis que la seconde était privée. Leurs valeurs, leurs visions ainsi que leurs finalités sont différentes. C’est pourtant dans ce contexte que la fusion va s’amorcer.

Didier Lombard fût Directeur Général avant d’être nommé en février 2005 PDG de France Télécom Orange. Il était membre du conseil d’administration de Gattaz et était issu de la fonction publique. Lombard a un seul objectif en tête : La maximisation des profits de l’entreprise. Il continue la politique menée par son prédécesseur, Thierry Breton. Parti rejoindre le gouvernement du Président Chirac comme ministre des Finances, ses objectifs étaient la réduction de la dette colossale de France Télécom (40 milliard d’euros au départ de Monsieur Breton), redynamiser l’activité du groupe et assurer la pérennité de France Télécom Orange sur un marché de plus en plus concurrentiel.

Didier Lombard

 Il amorce une nouvelle politique intérieure. Il introduit l’idée que France Télécom est en difficulté et que pour survivre dans cet environnement concurrentiel, l’entreprise va devoir se réinventer et que le travail au sein de l’organisation devient rare.

Un climat professionnel anxiogène s’installe.

Les anciens fonctionnaires seront pris pour cible par la direction du fait de leur trop grande réticence aux changements de management au sein de l’entreprise. Pourtant, ils ont vécu trois révolutions digitales majeurs : La téléphonie mobile, l’ADSL et l’internet mobile.

Déstabilisations et harcèlement des employés afin de les pousser à la pré-retraite ou la démission seront désormais chose courante au sein de France Télécom Orange. Pour un bilan de 22 450 départ définitif, 14 000 relocalisé en France et 69 suicides.

La nouvelle politique du PDG Didier Lombard à complètement nié la culture de France Télécom. La volonté d’apporter un service de qualité à ses utilisateurs était le ciment de l’ancienne entreprise publique. Cette négation a porté préjudice à l’entreprise car France Télécom Orange n’était pas simplement un acteur de plus sur un marché mais était un agent important structurant le marché de la téléphonie. Cela a entrainé dans sa chute le groupe Alcatel, pourtant fleuron de la technologie française dans la téléphonie mobile.

Les erreurs de communication des dirigeants

Une nouvelle culture incarnée par Jean-Paul Cottet, directeur de l’innovation chez France Telecom Orange. Annonçant en conférence de presse que le nouveau cœur de métier de l’entreprise est la facturation de ses clients et non les services que l’entreprise est capable d’apporter. Il est important de souligner qu’un an auparavant, Didier Lombard avait déclaré que cette recrudescence des suicides n’était qu’une « mode ».

L’expression de « mode des suicides » en 2009 ternira définitivement sa crédibilité et son image auprès du gouvernement et de l’entreprise.

Médiatisation et fin de l’affaire

Pourtant, le syndicat FO ouvre dès 2007 un observatoire du stress et commence à analyser et à comptabiliser le nombre de suicide au sein de l’entreprise. En 2009, le syndicat CFE commence le même exercice. France Télécom Orange est dans le déni et voit dans ces suicides des problèmes personnels plutôt que professionnels. Aucune cellule de crise n’est ouverte ni aucun soutien psychologique n’est proposé.

Il faut attendre un reportage du journal de TF1 afin que les langues commencent à se délier et mette en lumière le mal être régnant au sein de France Télécom Orange. L’entreprise reste silencieuse, refuse à faire tout commentaire et ne comprenant pas la présence de journalistes sur le site avant de déclarer que cette histoire n’est rien d’autre qu’un complot médiaticosyndical.

Didier Lombard évincé et mis en examen

Suite à cette médiatisation de l’affaire, des changements s’opèrent dans le management du groupe. Dès octobre 2009, Didier Lombard débarque son numéro deux, Louis-Pierre Wenes, de son poste de directeur des opérations France.

Contraint de quitter son poste en mars 2010, Didier Lombard est mis en examen le 4 juillet 2012 pour « harcèlement moral » afin de répondre de sa « théorie du choc » et à sa politique managériale des ressources humaines devant un tribunal. Une première en France pour un ancien PDG d’une entreprise du CAC 40.

Dates clés :

Septembre 2004 : Fusion entre France Télécom et Orange

Février 2005 : Didier Lombard PDG du groupe

Courant 2006 : Début des suicides

Juillet 2009 : Ebruitement de l’affaire dans les médias

Mars 2010 : Didier Lombard quitte le groupe

Juillet 2012 : Mise en examen de Didier Lombard

No Comments

Post a Comment