La première année de la présidence Trump et la crise de confiance

La première année de la présidence Trump et la crise de confiance

Regards croisés sur deux rencontres insolites avec Richard Edelman et Damon Wilson.

 

Richard Edelman est un chef d’entreprise américain né en 1954. Depuis 1996, il est à la tête de l’entreprise familiale Edelman, spécialisée dans les relations publiques et qui connait un immense succès international.

 

 

 

 

Damon Wilson est un conseiller spécialisé en politique étrangère, directeur des affaires européennes au National Security Council durant le second mandat de Georges W. Bush. Aujourd’hui, il est le vice-président exécutif d’Atlantic Council.

 

 

 

Rappel des faits : une élection « imprévue »

 

Milliardaire américain à la tête d’un empire immobilier et star de la téléréalité, c’est en 1980 que Donald Trump lance sa carrière politique. Après plusieurs années de versatilité entre le parti démocrate, le parti républicain et le parti de la réforme, Donald Trump annonce sa candidature aux primaires républicaines sous le regard amusé des journalistes et des experts politiques. Contre tout attente, il remporte les primaires et se lance dans la course à la Maison Blanche face à la candidate démocrate Hillary Clinton.

Pendant la campagne présidentielle, Donald Trump exhibe sa personnalité atypique, voire dérangeante et dévoile sans filtre ses opinions controversées. Il s’illustre par son omniprésence médiatique et envahit les réseaux sociaux notamment Twitter qu’il utilise compulsivement jusqu’à 80 fois par jour pour alimenter son fil d’actualité de propos racistes et sexistes.

 

Tweet @realDonaldTrump – 16/04/2015

 

 

Malgré un démarrage très incertain et des sondages en sa défaveur, Donald Trump est élu 45ème Président des Etats-Unis le 8 novembre 2016.

 

The New York Times – 09/08/2017

 

Son élection cristallise la crise de confiance dans les démocraties occidentales et le système économique libéral actuel. Aujourd’hui, ses choix politiques et sa communication créent d’importants débats dans la société civile américaine et dans la communauté internationale.

 

Le lien entre confiance et information sous la Présidence Trump

 

Lors de la présentation des résultats du Trust Barometer à Paris le 31 janvier 2018, Richard Edelman [1] explique que la confiance des populations dépend soit d’événements, soit du développement économique. Mais un autre facteur s’impose aujourd’hui : l’information.

En effet, les populations « veulent croire que l’information qu’ils reçoivent est correcte ». La perte de confiance généralisée de la population américaine est liée à l’effondrement de la croyance en la crédibilité des informations. Richard Edelman considère qu’il s’agit de la grande menace qui ébranle aujourd’hui les sociétés démocratiques.

Il montre également que dans 80% des pays étudiés, les médias ne sont pas considérés comme fiables ; non à cause des médias traditionnels, mais à cause des réseaux sociaux.

Or, la première année de la présidence Trump est marquée par de multiples scandales liés aux « Fake News » qu’il propage abusivement sur Twitter à l’image de la rumeur selon laquelle le certificat de Barack Obama serait faux…

 

Tweet @realDonaldTrump – 06/08/2012

 

Emmanuelle Hervé a rencontré Damon Wilson, vice-président exécutif d’Atlantic Council et Craig Stapleton, ancien ambassadeur des Etats-Unis en France, qui lui ont donné leur insight sur la première année de la présidence de Donald Trump.

Ils confient que le Président des Etats-Unis continuera de publier des tweets en conservant son style provocant. Trump fonctionne en effet à l’instinct politique et son gouvernement dirige en réaction, par le management des problèmes immédiats.

Les difficultés à faire confiance viennent également du fait qu’il est très difficile pour un président si atypique de faire passer un message. De plus, la population rurale américaine a le sentiment que rien ne fonctionne ni ne s’améliore alors que le travail du président consiste justement à expliquer son rôle et son organisation à l’opinion publique nationale. Pour Damon Wilson, cela explique l’impopularité de Trump.

Cependant, Damon Wilson et Craig Stapleton considèrent que, malgré le manque de stratégie économique et de ligne directrice, les Etats-Unis se portent bien sur le plan économique. Des emplois sont créés, la croissance économique se poursuit et le système fonctionne ; et ce, en dépit des multiples tweets du Président.

Le modèle économique américain est une composante majeure du soft power américain, en tant qu’il est un moyen d’influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la définition par cet autre acteur de ses propres intérêts à travers des moyens non coercitifs. Aux Etats-Unis, il est extrêmement puissant grâce au système éducatif, à l’entreprenariat, à l’innovation et à l’économie.

Nonobstant ces facteurs, la confiance dans les institutions gouvernementales américaines et les médias est plutôt basse dans la société, chez les démocrates comme chez les républicains.

 

Les conséquences de la Présidence Trump sur la confiance dans les médias

 

Richard Edelman divise la population américaine en deux catégories – les électeurs de Trump et les électeurs de Clinton – pour analyser leur taux de confiance dans le gouvernement, les médias et le « business » selon leur affinité politique.

 

2018 – Edelman Trust Barometer

 

Les électeurs de Trump ont une confiance faible dans le gouvernement et les médias mais une confiance très élevée dans le « business ». Depuis l’élection de Trump, il y a une augmentation légère des taux de confiance envers le gouvernement et les médias, mais ils restent terriblement bas. Le sentiment de doute envers le gouvernement s’explique notamment par les raisons du vote des américains lors des dernières élections. L’arrivée de Trump au pouvoir relève plus du vote identitaire que du vote de conviction pour une promesse ou une stratégie.

Les électeurs de Clinton ont une confiance beaucoup plus élevée dans les médias, qu’ils considèrent être le « last retaining wall of trust », le dernier rempart de confiance. En revanche, leur confiance dans le gouvernement s’est entièrement écroulée depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

La présidence de Donald Trump est ainsi symptomatique de la crise de confiance de la société américaine dans ses médias et ses institutions. C’est d’autant plus palpable que, selon Damon Wilson, il semble que le gouvernement républicain n’ait aucune compréhension du tort causé à son propre soft power.

 

 

[1] L’Atlantic Council est un think-tank basé aux Etats-Unis qui promeut le leadership « constructif » et l’engagement dans les relations internationales afin de naviguer au travers des changements majeurs du XXIème siècle.

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