Georges Malbrunot : les conséquences de l’assassinat en Irak du général Qassem Soleimani, chef de la Force Qods

Georges Malbrunot : les conséquences de l’assassinat en Irak du général Qassem Soleimani, chef de la Force Qods

Entre la possible escalade avec les États-Unis et les recours possibles pour l’Iran

L’assassinat de Soleimani a bouleversé l’idée selon laquelle l’Amérique de Trump ne voulait pas la guerre et plus largement ne plus s’impliquer dans les conflits surgissant dans cette zone. À l’heure où des négociations étaient encore possibles, la donne a changé ; le peu de dialogue qui était maintenu est désormais rompu, et les tensions sont palpables. Pour Georges Malbrunot, une réélection de Donald Trump en novembre pourrait intensifier la crise actuelle. Ce qui en revanche pourrait altérer le cours des évènements resterait pour lui un changement à la tête de l’Etat iranien. A noter que ce dernier conserve un pouvoir de pression face aux Etats-Unis, sur la question épineuse du nucléaire.  

Par ailleurs, il note qu’il existe actuellement dans le pays une véritable « crise de confiance » entre le peuple iranien et ses dirigeants, au point qu’en 2018, Trump était moins la cible des Iraniens que leurs propres dirigeants. Le guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei a perdu en crédibilité, et le mécontentement envers le président est le véritable signe d’un profond changement dans le pays. Quoi qu’il en soit, pour l’heure, les Américains sont encore 5 000 dans la région et, selon Malbrunot, ils auront bien du mal à maintenir leur mission à l’avenir, sans se « bunkeriser » encore plus.

Comment le pays peut-il répondre à cette attaque, cette provocation ? Déjà sous le coup d’un embargo, l’Iran n’a que peu d’options. Entre les sanctions économiques auxquelles il doit faire face et un mécontentement social de plus en plus profond, il est acculé. Pire, le crash du Boeing 737 le 8 janvier qui a coûté la vie à 176 personnes n’a fait qu’amplifier le ressentiment des Iraniens face à leur gouvernement et au guide suprême, désormais accusés ouvertement de mensonges.

Quelles répercussions en Irak ?

Georges Malbrunot a vécu une expérience douloureuse dans ce pays ; en 2004, il y a connu les geôles de l’Armée islamique durant quatre mois, tout comme Christian Chesnot, un de ses confrères également spécialiste du Moyen-Orient. Ce qui ressort principalement de l’analyse de Malbrunot, c’est une vision assez pessimiste de l’avenir de l’Irak. La corruption y est particulièrement forte, les jeunes ne penseraient qu’à quitter le pays, et les manifestations contre la présence américaine et un gouvernement extrêmement centralisé sont de plus en plus intenses. En outre, le système de santé irakien étant inexistant, la population a tendance à se déplacer en Iran pour obtenir des soins. Par ailleurs, le commerce bilatéral entre les deux pays génère de nombreux flux, les relations entre les deux pays, qui ont pu être tendues, ne sont toutefois donc pas prêtes de s’arrêter.

Des bouleversements à venir dans le monde arabe ?

On peut retenir que les conséquences de cet assassinat, plus largement dans le monde arabe, profitent à la mouvance terroriste ; une véritable « aubaine » selon Georges Malbrunot. Soleimani était considéré comme un général puissant, un nationaliste, et représentait un rempart contre Daesh. Le groupe possède encore des cellules dormantes disséminées sur le territoire et toujours en mesure de mener des opérations ; l’élimination de Soleimani les a plutôt renforcées. En d’autres termes, les prétextes qui ont créé Daesh sont toujours là, et sa menace toujours susceptible de ressurgir.

Une présence française qui décline

Pour terminer, Georges Malbrunot est intervenu sur la présence actuelle de la France dans la région. Pour lui, elle est symbolisée par une réelle impuissance, en Irak notamment où nous n’avons que très peu d’influence. Dans ce cadre, le journaliste évoque le nombre d’étudiants boursiers en France qui se limite à treize personnes. À titre comparatif, la Russie en accueille près de deux mille.

Autre exemple d’une présence française qui s’étiole : la Syrie. La France a œuvré dans la région en ayant contribué au recul des bastions de Daesh dans le cadre de l’opération Chammal et de la coalition contre l’État islamique, mais aujourd’hui, selon Malbrunot, elle a déserté la Syrie.

Depuis le retrait des troupes américaines, il précise que notre présence dans ce pays se résume désormais à l’ONG SOS chrétiens d’Orient, fondée il le rappelle, par des proches de Le Pen. Cette ONG a déjà été fustigée pour ses affiliations avec des personnalités d’extrême droite. En tout cas, ce n’est pas une organisation que Georges Malbrunot soutient, il la qualifie d’ailleurs de « pro » Bachar El Assad.

Sources :

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