Crise 2.0

Réseaux sociaux et cours de bourse : du Bad Buzz au dévissage

 

Les réseaux sociaux sont devenus une composante incontournable de la gestion de crise des entreprises. Aujourd’hui l’œil de l’expert s’attarde sur la porosité entre les commentaires sur les réseaux sociaux et l’actualité de la cotation boursière d’une entreprise.

 

 

 

L’actualité financière de ces derniers mois a été marquée par plusieurs évènements montrant la relation parfois surprenante, parfois évidente, entre les réseaux sociaux et le cours de bourse des entreprises. De façon générale, les entreprises et d’autant plus les groupes cotés, ont maintenant majoritairement conscience de la nécessité d’intégrer les réseaux sociaux à leur dispositif de gestion de crise. Jusqu’à présent, on pouvait légitimement les cantonner au risque de Bad Buzz dont les conséquences sont aussi brutales qu’éphémères (toujours difficiles à quantifier économiquement parlant). Les derniers mois nous ont cependant montré que les effets d’une crise sur les réseaux sociaux pouvaient coûter des milliards de cotisation boursière.

S’il est difficile d’affirmer encore aujourd’hui que ce qu’il se dit d’un groupe sur les réseaux sociaux peut jouer sur sa cotation, les exemples déroulés ci-dessous montrent tout de même une corrélation. Effrayant n’est-ce pas, lorsque l’on connait l’irrationalité de ces moyens de communication et les impacts des multiples Fake news qui ont couté des millions de dollars (comme l’annonce de la mort de Bashar Al-Assad par un faux compte Twitter du ministre Russe de l’Intérieur qui avait provoqué une hausse de 1$ du baril de pétrole[1]…).

Plus intéressant, on voit que ces impacts peuvent surgir de différentes origines :

  • D’une communication mal maitrisée d’un groupe ou de l’un de ses dirigeants (comme nous le verrons avec Elon Musk pour Tesla) ;
  • D’une publication d’une personnalité influente (comme Donald Trump et plus surprenant comme des influenceurs planétaires loin d’être reconnus pour leurs analyses financières) ;
  • Et plus rarement d’un simple post d’un incognito.

 

Ces patrons superstars qui utilisent les réseaux sociaux comme bon leur semble

 

Difficile d’y avoir échappé, Elon Musk est le dernier exemple en date des effets destructeurs que peut avoir une publication sur twitter. Comme tout groupe dirigé par une personnalité centrale, les risques d’une communication mal maitrisée sont importants. Elon Musk ne répond sûrement pas aux mêmes codes policés des grands dirigeants du CAC 40, et ses diatribes non-contrôlées font parties de sa personnalité. Elon Musk souhaitant gérer sa communication comme bon lui semble, il avait publié un tweet le 7 août 2018 annonçant qu’il pourrait retirer Tesla de la cote, soit tout bonnement quitter la bourse. Cette sortie n’a pas été du goût de la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme boursier américain. Le PDG a trouvé un accord avec la SEC, le condamnant en tant que personne physique, à 20 millions de dollars d’amende.

Le jour même de ce tweet, l’action de Tesla dévissait et perdait près de 9%[2].  Le communiqué de la SEC a renforcé un peu plus la chute de l’action. Depuis le 7 août, le titre du groupe a reculé de 26%[3].

Les conséquences directes, pour Elon Musk sont multiples puisqu’il doit abandonner sa place de président du conseil d’administration du groupe. L’accord prévoyait dans le même temps, « un contrôle renforcé de (sa) communication »[4].  Le patron superstar n’en est pas resté là puisqu’il a de nouveau utilisé son compte Twitter, le 4 octobre, pour attaquer la SEC, renommée « Shortseller Enrichment Commission » ou « la Commission d’enrichissement des vendeurs à découvert » en Français. Le PDG s’en prenait alors aux « shortsellers » qui depuis plusieurs mois parient sur un effondrement du cours de Tesla.

Pourtant la SEC a expliqué qu’Elon Musk devait rester une figure centrale de Tesla. Une illustration même du poids relatif d’une communication financière classique et institutionnelle face à une publication de quelques caractères de son patron.

C’est ici aussi un nouvel exemple d’une tendance récurrente ces dernières années du risque des entreprises liant leur destin à leur fondateur ou à la figure trop centrale de leur président. Les récentes polémiques entourant Facebook (Cambridge Analytica, piratage de 50 millions de comptes) ont par exemple mis en grande difficulté son PDG Mark Zuckerberg. L’action du géant des réseaux sociaux avait chuté, le 26 juillet, de 19% effaçant le chiffre écrasant de 119 milliards de dollars de capitalisation[5]et son passage – plus qu’hésitant – devant les sénateurs risque de lui coller à la peau pendant encore quelques années. Plusieurs analystes financiers, comme Ross Gerber avaient d’ailleurs vu dans ces chiffres la preuve que « le vent tournait pour les réseaux sociaux ». Relativisons tout de même l’effet de ces chutes puisqu’à l’image des conséquences éphémères d’un Bad buzz, le cours de bourse de Facebook avait retrouvé fin juillet un niveau plus élevé qu’au pic du scandale de Cambridge Analytica.

 

Ces personnalités fortes ont pu longtemps surfer sur la liberté d’expression qu’offrent les réseaux sociaux pour sortir des schémas de communication financière classiques comme le communiqué de presse. Mais l’instabilité des marchés sur ces derniers mois prouvent la nécessité d’établir des règles d’utilisation des réseaux sociaux, de la base de l’organisation jusqu’aux principaux dirigeants. L’une des solutions pourrait être de rééquilibrer le poids d’une prise de parole entre un PDG très en vue et son entreprise. Tout un défi.

Il est d’ailleurs intéressant de voir le gendarme boursier américain intégrer dans ses recommandations et son accord avec Elon Musk un contrôle renforcé de l’usage de ses réseaux sociaux.

En France, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) a d’ailleurs mené une consultation publique, en 2016, sur l’utilisation des médias sociaux par les sociétés de gestion de portefeuille (SGP), les émetteurs de titres de créances (ETC) et les distributeurs de produits financiers[6]. Si aucun cadre réglementaire n’a encore été créé pour les médias sociaux, l’autorité a rappelé que « les règles encadrant la communication sur les médias traditionnels s’appliquaient également à la communication sur les médias sociaux », ajoutant les bonnes pratiques et recommandations suivantes :

 

  • Attirer l’attention de ces sociétés sur « le fait que leur responsabilité ou celle de leurs employés peut être engagée par les informations qu’ils publient (par un tweet ou un retweet) » ; D’où l’importance de délivrer un guide de bonnes pratiques à ses employés en les sensibilisant à l’utilisation des réseaux sociaux.
  • Comme la SEC l’a rappelé à Elon Musk, l’AMF a voulu souligner que « certaines pratiques commerciales peuvent être assimilées en France à des pratiques trompeuses donc être sanctionnées » ; C’est bien la crainte de déstabilisation des marchés via une communication directe d’une entreprise ou d’un dirigeant sur les réseaux sociaux qui explique cette recommandation. Comme le révélait Visibrain dans son étude sur les crises en 2016, 98% des crises sur les réseaux sociaux étaient provoquées par une erreur de l’entreprise[7].
  • Inciter ces acteurs « à se doter de règles d’organisation interne en matière de communication sur les médias sociaux » en proposant la séparation des comptes personnels et des comptes professionnels.
  • Archiver des messages publiés sur ces médias afin de traiter d’éventuelles réclamations.

 

L’AMF a d’ailleurs rappelé certaines de ces « dispositions applicables aux situations de spéculation baissière » le 4 septembre 2018 (ce sont ces mêmes positions qui ont été critiquées dans le dernier tweet d’Elon Musk)[8]. Est-ce que les réseaux sociaux, au premier rang desquels Twitter, vont devenir un outil de marque pour ces « shorts-sellers » pariant sur la baisse d’une cotation ?

Ils doivent en tout cas faire l’objet d’une attention particulière pour permettre en cas de situation difficile une réaction rapide du groupe ciblé. Pierre Auberger, directeur de la communication du groupe Bouygues en parlait dans une interview sur Le Blog du Communicant[9]. Interrogé sur le phénomène de Fake News et la fausse annonce du décès de Martin Bouygues en février 2015, il déclarait au sujet des réseaux sociaux : « Nous avons tiré les enseignements de cette mésaventure et nous sommes encore plus vigilants sur ce qui se dit de nous sur les réseaux sociaux. Nous disposons d’outils de veille permanente et sommes prêts à réagir immédiatement, en particulier lorsque la bourse de Paris est ouverte ».Une nouvelle fois, c’est l’anticipation qui permet aux entreprises d’avoir une meilleure réponse à la crise. Il convient alors de mettre en place des dispositifs de veille au même titre qu’un dispositif de remontée d’alerte afin de répondre de la manière la plus adéquate dans un délai court et avec une forte puissance médiatique.

 

Si les communications de ces patrons superstars peuvent conduire à des pertes de plusieurs milliards de dollars, elles peuvent aussi rapporter. En 2012, le PDG de NetFlix, Reed Hastings avait annoncé via un message Facebook des information financières sur son entreprise, l’action Netflix avait alors bondi de 17% en quelques jours. Dans la foulée la SEC (toujours elle) accusait Reed Hasting d’avoir influencé le cours de bourse. C’est plus d’un an après que le gendarme boursier américain autorisait les sociétés cotées à utiliser les réseaux sociaux pour diffuser des informations à caractère financier, et uniquement si elles donnaient préalablement aux investisseurs les URLS des pages pour trouver ces annonces et ainsi éviter la propagation des fausses annonces via de faux sites internet comme a pu le vivre Vinci en septembre 2016[10]. Cette décision de la SEC avait été la première régulation de l’utilisation des réseaux sociaux par un gendarme boursier.

Les autorités financières des différentes places boursières du monde ont conscience du risque de déstabilisation des marchés financiers à la suite d’une communication mal maitrisée sur les réseaux sociaux. Difficile de croire cependant, lorsque l’on connait le capharnaüm que peut être twitter, que ces textes et codes de bonnes conduites soient suffisants pour contenir l’effet domino d’un Tweet voire d’autres publications d’acteurs externes sur le cours de bourse.

 

Ces influenceurs qui peuvent couter des millions

 

L’activité d’un groupe sur les réseaux sociaux est donc suivie de près par les investisseurs sur les marchés. Nous avons vu ci-dessus que les patrons superstars pouvaient en moins de 280 caractères faire perdre des milliards de cotisation en quelques minutes, s’exposant cependant aux sanctions des autorités qui ne devraient pas hésiter à faire de certains un exemple dans l’avenir (comme les autorités américaines avaient su le faire en condamnant la BNP Paribas à près de 6,4 milliards d’euros pour avoir commercé avec des pays soumis à un embargo économique de la part des États-Unis)

Ces déstabilisations boursières peuvent aussi venir de certains influenceurs qui n’ont pas le début d’un lien ou d’une compétence dans le secteur financier.

L’exemple le plus parlant est celui de SnapChat. En Février 2018, une star de la téléréalité Kylie Jenner, sœur de Kim Kardashian, publiait le tweet suivant à ses 24,5 millions d’abonnés : « Est-ce que quelqu’un d’autre ouvre Snapchat ? Ou c’est juste moi… Euh, c’est tellement triste ».  En quelques jours, et malgré un autre tweet où la star expliquait « je t’aime toujours snap… mon premier amour », Snap Inc perdait 1,3 milliard de dollars[11]de capitalisation boursière. Une nouvelle fois ce chiffre, bien qu’impressionnant doit être atténué, le PDG du groupe Evan Spiegel a gagné plus de 637,8 millions de dollars cette même année 2017. Pas d’inquiétude, Snap Inc se porte toujours aussi bien.

Source : https://twitter.com/KylieJenner/status/966429897118728192?ref_src=twsrc%5Etfw

 

À hauteur différente, l’utilisation belliqueuse de Twitter par Donald Trump a, à plusieurs reprises, eu des impacts sur des cours de bourses. Ainsi lorsqu’il s’en est pris à Amazon, le groupe a perdu 5,7 milliards de dollars de sa valeur boursière, scénario identique pour Toyota (-3,1%) ou encore Lockheed Martin qui avait perdu 3,19% de sa valeur boursière

En 2012 Twitter avait lancé le symbole cashtag « $ » censé regrouper tous les tweets liés aux données financières des entreprises cotées[12]. L’instantanéité du réseau social ne pouvait qu’être un outil utile aux acteurs des marchés financiers qu’ils soient investisseurs, clients, partenaires ou collaborateurs. Plusieurs acteurs et publications ont voulu démontrer aux dirigeants la nécessité de mettre en place de réelles politiques et des stratégies sur les réseaux sociaux afin de permettre à leur groupe de répondre adéquatement et rapidement à une activité « inhabituelle ».

Le livre devenu un classique du genre, « The 4 billion dollar tweet », écrit par Ryan Holmes, le fondateur d’un outil de gestion des réseaux sociaux Hootsuite en est un exemple. Le titre du livre reprend l’exemple de Lockheed Martin qui n’avait pas répondu à une énième diatribe de Donald Trump au sujet du coût du programme d’achat d’avions de chasse F-35. Dans les heures qui suivirent, l’action en bourse du fournisseur plongeait de 4 milliards de dollars.

 

 

Ces inconnus qui, avec un seul tweet ou post, font perdre des milliards aux entreprises

 

L’influence des réseaux sociaux sur la bourse est dans une forme plus rare la conséquence d’une publication d’utilisateurs qui sont des anonymes.

L’irrationalité sous-jacente aux réseaux sociaux s’exprime ici parfaitement. Dans les mois précédents, nous avons assisté à des crises déclenchées par des évènements qui au demeurant ne paraissaient pas d’une gravité « réelle ». En novembre 2017, l’action de Chipotle Mexican Grill[13], chaîne spécialisée dans les burritos avait perdu 5,9% après la publication par un acteur – pas forcément en vogue – d’une vidéo sur Instagram où Il affirmait avoir frôlé la mort suite à un repas dans la chaine. Si les exemples ne sont pas encore nombreux, l’implication dans des évènements politiques et sociétaux d’anonymes via les réseaux sociaux (l’exemple de Wael Ghonim en Égypte qui a créé la page « Nous sommes tous Khaled Saïd » devenant un acteur majeur de la révolution en 2011[14]) doit sensibiliser sur la possibilité de voir des publications d’anonymes provoquer des remous sur les marchés financiers.

 

La réputation des groupes et des dirigeants sur Twitter toujours importante

 

La parole d’un président compte toujours plus que les communications dites classiques d’un groupe. L’étude « le langage des dirigeants du CAC 40 » de Synomia l’avait montré en 2016, en citant les bons élèves comme Stéphane Richard d’Orange qui avait proposé une discussion via twitter et un hashtag #AskRichard[15]. Si cette parole est positive, elle peut aussi avoir des conséquences majeures sur le cours de bourse d’un groupe d’où l’évidence (et l’urgence) de mettre en place de réelles stratégies pour les entreprises cotées sur Twitter, à travers des guidelines ou par un fort accompagnement des dirigeants dans l’utilisation des réseaux sociaux. D’abord dans l’optique de se défendre et éviter des silences qui peuvent conduire à la perte de milliards de dollars (cf. Lockheed Martin), mais aussi pour redéployer une stratégie qui peut être un levier économique, comme nous l’avons vu avec l’exemple de Netflix.

Pour ne pas céder à l’alarmisme, il est nécessaire de souligner que les plus grandes variations impliquant une publication « random » sur les réseaux sociaux semblent toucher majoritairement des valeurs technologiques directement liées aux plateformes sociales (Facebook, Twitter, SnapChat) et des groupes proposants du B2C (comme la chaine de restauration Chipotle) et ont un impact relatif.

Plusieurs enquêtes menées à travers le monde ont voulu démontrer que les réseaux sociaux influençaient les valeurs boursières plus loin que la seule prise de parole du dirigeant. En France, Éric Galiègue, président de Valqant expliquait dans une interview pour Le Revenuque « le sentiment digital » autour des entreprises « sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche sur internet pouvait compléter une analyse financière et permettre l’anticipation des évolutions de cours ».  Des chercheurs de la BI Norwegian Business School avaient eux aussi expliqué que l’augmentation des valeurs boursières et la publication de tweets de followers, positifs ou négatifs étaient liées. En revanche les professionnels restent tout de même sceptiques sur le manque de précision, la quantité et la rapidité des informations contenues sur les réseaux sociaux qui constituent pour la majorité d’entre eux « un frein à l’adoption de ces médias comme outil d’analyse ». Comme toujours, il est difficile de tirer des certitudes des réseaux sociaux.

 

[1]https://www.huffingtonpost.fr/2012/08/06/syrie-bachar-el-assad-mort-faux-compte-twitter-petrole_n_1747936.html

[2]https://money.cnn.com/2018/09/27/technology/elon-musk-sec/index.html?iid=EL

[3]https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/0302358820994-elon-musk-se-moque-du-gendarme-de-wall-street-sur-twitter-2211236.php

[4]Press release SEC, 26/ https://www.sec.gov/news/press-release/2018-226

[5]https://www.20minutes.fr/high-tech/2313943-20180726-facebook-effondre-bourse-debut-fin

[6]Communiqué de presse, AMF, 26/05/2016, https://bit.ly/2OgECIG

 

[7]https://www.visibrain.com/fr/data/visibrain-livre-blanc-badbuzz-2016.pdf

[8]Communiqué de presse, AMF, 04/09/2018, L’Autorité des marchés financiers rappelle certaines dispositions applicables aux situations de spéculation baissière, https://bit.ly/2C7d2Xn

 

[9]http://www.leblogducommunicant2-0.com/2017/10/04/dircom-du-mois-pierre-auberger-bouygues-un-communicant-non-digitalise-sera-vite-un-communicant-uberise/?cn-reloaded=1

[10]https://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2016/11/23/comment-le-groupe-vinci-victime-d-un-hoax-a-chute-en-bourse_5036269_1656968.html

[11]https://www.lerevenu.com/bourse/coulisses/snapchat-douloureux-tweet-et-salaire-astronomique-du-pdg

[12]https://www.cafedelabourse.com/archive/article/bourse-reseaux-sociaux

[13]https://www.lerevenu.com/bourse/bourse-tous-ces-tweets-qui-ont-affole-les-marches-financiers

[14]https://www.lemonde.fr/international/article/2012/10/19/wael-ghonim-heraut-facebook-de-la-revolution-egyptienne_1778301_3210.html

[15]https://www.synomia.fr/fr/blog-synomia/38-top-news/329-w-synomia-patrons-cac40

Des trolls au service de l’Etat

Au cœur de l’Asie, dans la péninsule indienne, une véritable guerre de la désinformation est menée. Dans ce pays, composé à 50% d’individus de moins de 25 ans, la maîtrise des réseaux sociaux est indispensable pour communiquer avec la population, mais aussi l’influencer. Le premier ministre indien, Narenda Modi, l’a bien compris.

A l’occasion de la sortie de l’ouvrage I am a troll. Inside the Secret World of the BJP’s Digital Army écrit par la journaliste Swati Chaturvedi fin 2016, le voile se lève sur la stratégie numérique violente de Narenda Modi.

Narenda Modi à la tête d’une armée numérique déterminée, organisée et performante

Lors de son élection en 2014, l’homme politique avait derrière lui une véritable armée de militants dévoués, organisés et compétents. Guidés par quelques grands soutiens du Premier ministre, des dizaines de milliers d’abonnés répandent la parole du nationaliste indien et n’hésitent pas à injurier, harceler ou dénigrer tous ses opposants.

(source photo : Véronique Dorey )

Les trolls sont bien organisés, et sont couverts par l’anonymat. Sur Twitter, pas de photo de leur visage, mais des images représentants diverses divinités indoues ou bien de belles mannequins blondes. Leur stratégie d’attraction ne s’arrête pas là, même leurs pseudos révèlent leur attachement à la culture indienne traditionnelle. Le Premier ministre a quant à lui a plus d’une vingtaine de millions d’abonnés sur Twitter, et est lui-même abonné à des comptes faisant l’apologie de la violence, du sexisme, proférant des menaces de mort ou des insultes envers toutes les minorités de la société indienne.

Loin de répondre aux accusations des citoyens agressés, numériquement ou même physiquement, par les trolls du Premier ministre indien, celui garde le silence… et tous ses abonnements Twitter. En juillet 2015, il a même invité dans sa résidence 150 de ses lieutenants numériques, ses Yodhas afin de les féliciter de leur loyauté.

Le parti utilise ainsi Facebook, Twitter et même WhatsApp pour diffuser de la désinformation en faveur du Premier ministre. Des hit lists sont distribuées aux membres du parti nationalistes. Ils doivent alors attaquer des journalistes, des personnalités, des minorités ou des opposants politiques, c’est-à-dire n’importe quelle personne susceptible de s’opposer à Narenda Modi. La prise de conscience de l’importance de la maîtrise des réseaux pour le contrôle de la population est apparue tôt chez les dirigeants du parti nationaliste indien, et les élections de 2014 sont la preuve de leur très bonne maîtrise de l’outil numérique.

Ce qu’il faut retenir

  • L’utilisation massive des réseaux sociaux dans un objectif politique n’est pas une première, mais la stratégie du Premier ministre indien est particulièrement bien rodée.
  • Les fake news, le Cyberbullying et les trolls ne sont que des outils supplémentaires et adapté au monde contemporain pour prôner une idéologie, s’imposer sur un marché ou dans un Etat, et viser des minorités déjà fragiles.
  • L’utilisation de stratégie de trolling par des dirigeants étatiques risquent de légitimer l’usage des fake news. Cela remet en cause l’avenir de la lutte contre la désinformation à l’ère numérique, et nous pousse à nous demander comment juger la diffusion de fake news à un autre niveau qu’international dans un espace numérique sans frontières ?

Sources

BUISSOU Julien, « Narenda Modi, maître des trolls », Le monde, 22/08/2017.

La loi face aux fake news

La diffusion de fake news n’est pas un phénomène inédit, mais la multiplication des réseaux sociaux grâce au développement d’internet lui donne de plus en plus d’ampleur. En effet, mise en ligne sur un réseau social quelconque, une fake news va toucher davantage d’internautes, et ce, de plus en plus vite.

Selon Benoît Huet, avocat et enseignant à l’ESSEC, les fake news ont aujourd’hui la particularité d’être conduites par des motivations à la fois politiques et économiques. En effet, en plus de toucher les convictions des lecteurs, elle augmente la visibilité de la page sur laquelle elle a été diffusée, ce qui entraîne une hausse des profits concernant la publicisation de la page.

Qui sont les diffuseurs de fake news ?

L’identité des individus ou des sites à l’origine de la désinformation est souvent très compliquée à trouver. Néanmoins, certains sont particulièrement connus pour relayer ou créer les fake news. Les décodeurs ont créé une liste des sites qui relaient beaucoup de fausses informations de façon régulière.

 

Quels recours contre ce fléau ?

La loi du 29 juillet 1981 relative à la liberté de la presse permet la poursuite contre une partie des fake news quand elles relèvent de l’injure ou de la diffamation. Elle permet aussi de sanctionner la diffusion de fausses informations qui mènerait à un trouble de l’ordre public. Mais publier une fausse information qui ne soit ni injurieuse, ni diffamatoire, et qui ne trouble pas l’ordre public n’est pas puni par la loi.

D’autres cas de figure peuvent faire l’objet de condamnations juridiques : l’article 224-8 du code pénal condamne les individus compromettant la sécurité d’un avion prêt à décoller, et l’article 465-3-2 du code monétaire et financier punit une fake news ayant pour objectif d’influencer le cours d’une société en bourse.  L’article L97 du code électoral punit également les fake news dans le cadre des élections.

Qui peut lutter contre les fake news ?

Nous avons pu voir que des recours juridiques existaient pour lutter contre le phénomène. Augmenter le nombre de ces lois risquerait de toucher au droit fondamental de la liberté d’expression de chacun. Néanmoins, peu d’auteurs de fake news sont condamnés, du fait de la difficulté pour la justice de trouver les auteurs originels, et le volume du phénomène dépasse de loin les capacités de traitement des dossiers de la justice.

Les éditeurs de réseaux sociaux sont responsables de la diffusion de la désinformation. Leurs algorithmes, qui permettent l’apparition ou non de certaines nouvelles dans les premières pages suites au nombre de vues et aux habitudes de consommation de l’information des individus permet l’émergence et la diffusion massive de ces fake news. D’ailleurs, la commission européenne s’est engagée dans la lutte contre la désinformation, notamment contre Facebook, et envisage d’émettre des orientations sur le types de mesures que les Etats pourront mettre en œuvre. Plusieurs dispositifs ont été créés afin de rendre compte de la viabilité des informations diffusées sur les réseaux sociaux, comme CrossCheck.

Source

HUET Benoît, « La liberté d’expression au défi des « fake news » », Le Monde, 26/08/2017.

Gestion de crise & Fake news : les Fake news, un phénomène global qui touche aussi les entreprises.

Attention aux Fake news

Quand les réseaux sociaux font circuler de fausses informations

Aujourd’hui, les Fake news sont largement diffusées par les réseaux sociaux, nouveaux médias qui modifient les paradigmes de diffusion des informations. Ils témoignent d’une nouvelle rapidité et du besoin de vérifier davantage la véracité de l’information. Selon une enquête réalisée par l’institut Kantar, 73% des Français interrogés n’ont pas confiance dans les informations qui circulent sur les réseaux sociaux. Pendant les élections présidentielles, les Fake news étaient une arme des militants politiques, particulièrement prisée par la fachosphère mais pas que, on a vu à peu près tous les partis s’y essayer avec plus ou moins de bonheur.

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Début mars, la célèbre maison de luxe, appartenant au groupe Kering, a été la cible d’une polémique pour une campagne d’affiches publicitaires, œuvre du duo de photographes de mode Inez et Vinoodh. Devant l’injonction de l’autorité de tutelle, elle les a retirées. Autopsie d’un « bad buzz » évitable.

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Sophie la Girafe face à la crise et au Bad Buzz

girafe

Jouet emblématique sur le marché de la puériculture et distribué dans 70 pays, Sophie La Girafe est une marque forte qui a été bousculé le 17 janvier dernier.
Une dentiste pédiatrique américaine, s’inquiétant d’une odeur nauséabonde dégagée par la valve du jouet, ouvre en deux la girafe et découvre de la moisissure à l’intérieur.
Les photos sont publiées en ligne, le bad buzz international est instantané sur les réseaux sociaux.

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Gros couac pour la SNCF et RFF. Les 2000 nouvelles rames de TER sont trop larges pour des milliers de quais de gare en France. Des travaux estimés à 50 millions d’euros sont nécessaires pour adapter les quais. Les politiques s’en mêlent, la SNCF est moquée sur les réseaux sociaux. Invitée des Décodeurs de l’éco, Emmanuelle Hervé revient sur cet épisode rocambolesque qui nuit à l’image de la SNCF.