Crise des subprimes, Lehman Brothers, Fortis, amende record : Baudouin Prot, ex-dirigeant de BNP Paribas, livre son regard sur ces situations de crise

Crise des subprimes, Lehman Brothers, Fortis, amende record : Baudouin Prot, ex-dirigeant de BNP Paribas, livre son regard sur ces situations de crise

Baudoin Prot décrypte et revient sur quatre situations de crises majeures pour BNP Paribas.

Baudouin Prot rejoint la Banque Nationale de Paris en 1983 comme Directeur adjoint de la partie Intercontinentale. Après avoir occupé différents postes au sein de la BNP, il en est nommé Directeur Général en 1996, puis Administrateur Directeur Général de BNP Paribas en 2003. En 2011, il devient Président du groupe BNP Paribas jusqu’en 2014. Il est depuis octobre 2015 Senior Advisor du Boston Consulting Group.

Août 2007 : La crise des subprimes

Le 7 août 2007, Baudouin Prot vient d’arriver en Bretagne avec l’ambition de commencer enfin des vacances bien méritées. A 08h du matin, il reçoit une note technique l’informant que deux fonds considérés à risque viennent d’être suspendus. La presse s’en empare (symptôme de « l’effet Findus » : la BNP Paribas réagit en premier à un scandale qui touchera de nombreux acteurs du marché) et les rumeurs vont bon train dans le monde entier. « BNP Paribas is bankrupt » : les marchés asiatiques tombent, suivis par l’Europe puis par les États-Unis. La Banque de France débloque en catastrophe 300 Billions d’euros de liquidités.

La décision technique de suspendre les deux fonds est la bonne mais personne n’a anticipé la perception de cette décision. Et c’est l’interprétation de la décision qui génère la crise. « La forêt était archi sèche et nous sommes l’allumette » explique Baudouin Prot. La BNP Paribas est de plus une des rares banques à ne pas avoir investi dans les subprimes à l’époque.

Pour Baudoin Prot, le fait qu’il ait été à distance par téléphone pendant l’événement a rendu la gestion de crise bien plus difficile.

 

15 septembre 2008 : Lehman Brothers

C’est l’un des effets dominos de la crise des subprimes : on entre dans une crise systémique et globalisée.

Un week-end entier est passé à New-York avec les plus grandes banques du monde et la FED (Federal Reserve System des Etats-Unis) pour tenter de sauver Lehman Brothers[1].

Le samedi se passe sans qu’aucune solution n’émerge. Le dimanche arrive et, si à l’ouverture des marchés asiatiques rien n’est fait, c’en sera fini pour Lehman Brothers. La Barclays propose de racheter Lehman Brothers. Les conditions du deal sont examinées très en détails et le deal est conclu.

Mais c’était sans compter sur l’intervention des Etats et de l’Angleterre qui refusent de supporter le risque. Conséquence immédiate : le deal est annulé et, à 19h, Lehman Brothers est mort. L’équipe se prépare à en affronter les conséquences.

Les plus grandes banques de ce monde n’ont pas réussi à sauver Lehman Brothers.

 

2007-2008 : Fortis  

Nous sommes au beau milieu de la crise des subprimes. Fortis Banque, la banque belge historique filiale de Fortis Holding, va mal.

BNP Paribas travaille à acquérir Fortis Banque mais le deal est tué par l’intervention d’un avocat très influent, Maître Mischaël Modrikamen qui représente les actionnaires.

Le journal Les Echos évoque une « rébellion » contre le rachat de Fortis Banque par BNP Paribas. Les négociations reprennent malgré tout et durent de mars à octobre 2008. Durant ce laps de temps, la valeur des actions de Fortis dégringole et BNP Paribas rachète à un coût bien inférieur à ce qui était prévu. Le deal est conclu.

Suite au vote d’approbation de l’Assemblée Générale le 28 avril 2009, Fortis Banque deviendra BNP Paribas Fortis.

 

30 juin 2014 : amende record et embargo Iranien

Regarder l’analyse et le décryptage par Emmanuelle Hervé sur BFM Business.

BNP Paribas écope de la plus grande amende jamais vue. Les États-Unis, la FED, le Ministère de la justice américain, l’Etat de New York : chaque acteur souhaite sa part.

Plusieurs questions se posent alors pour Baudouin Prot : « Allons-nous survivre à cette amende (8,9 milliards de dollars à trouver en cash) en terme purement financier ? Comment allons-nous garder nos clients après ce scandale ? Comment allons-nous continuer à opérer dans les 40 pays qui ont signé l’accord sur l’embargo vers l’Iran ? ».

Pour Baudoin Prot, plusieurs facteurs jouent en faveur de BNP Paribas. D’une part, changer de banque pour un particulier est perçu comme un véritable casse-tête. D’autre part, cette affaire manque de l’effet de proximité : elle se déroule loin et c’est une bataille qui ne concerne pas directement les clients. Les enjeux entre l’Iran et les USA, des chiffres qui ne parlent pas – il y a bien trop de zéros – font que le particulier s’y réfère difficilement.

De façon générale, les États-Unis seront jugés comme en faisant trop sur cette affaire.

Selon Baudoin Prot, la réaction de BNP Paribas est la bonne : tout est mis en œuvre pour parler aux clients (par téléphone, par courrier, etc.). Cela étant, les messages clés de communication sont assez limités car la FED n’autorise pas de communiquer sur les détails de l’affaire et BNP Paribas ne peut nier la faute. Ils consistent essentiellement en deux messages :

  • « C’est un acte isolé, une initiative malheureuse d’une filiale à Genève ». Ce message est inadapté car il sous-entend que BNP Paribas rejette sa responsabilité et que l’entreprise n’avait pas connaissance des faits internes. Tout comme dans l’affaire du dieselgate de Volksagen, il n’est pas crédible d’expliquer que la direction ne savait pas et de pointer un bouc émissaire.
  • L’autre message, beaucoup plus adapté, exprime l’engagement de BNP Paribas à renforcer ses contrôles et la compliance.

Pour Baudoin Prot, c’est en interne que se situe le « gros de la crise », les gens sont choqués, se sentent trahis et blessés. Cet évènement aura sur les employés un impact négatif important qui perdurera.

 

En conclusion

Baudouin Prot estime que la perception des multinationales à forte notoriété par le public est très dichotomique : « Et bien le matin on les adore, et l’après-midi on les déteste… ».

Le conseil de Beaudouin Prot : privilégier avant tout le « quantum leap » (« bon en avant », « pas décisif ») et se projeter sur trois années de vision.

[1] Créée en 1850, Lehman Brothers était une banque d’investissement localisée à New York. Dans les années qui suivent son rachat par Travelers Group (1993), elle consolide sa position mondiale et entre en bourse en 1994. En 2003, suite à la crise de 2001, elle signe un accord amiable fixant une amende d’un montant de 1,4 milliards de dollars avec Security Exchange Commission (SEC), organe fédéral américain réglementant et contrôlant les marchés financiers. Suite à la crise des subprimes débutant en juillet 2007, Lehman Brothers tente de solder ses positions sur les crédits immobiliers à risque. Elle finit par vendre 6 milliards de dollars d’actifs et subis de multiples attaques spéculatives. Sa capitalisation boursière subit une chute de 77%. Ne trouvant aucun repreneur, elle fait faillite le 15 septembre 2008.

 

 

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