Le secteur touristique français à l’épreuve du terrorisme : rencontre avec Christian Mantei, Directeur Général d’Atout France

Le secteur touristique français à l’épreuve du terrorisme : rencontre avec Christian Mantei, Directeur Général d’Atout France

Christian Mantei est Directeur Général depuis 2009 de Atout France, l’organisme en charge de la promotion de la destination France à travers le monde. Lors de la conférence organisée le 13 avril 2017 à l’Ecole Militaire par le Comité Culture & Influence de l’ANAJ-IHEDN, Christian Mantei a livré sa vision du tourisme hexagonal dans le contexte post-attentats.

Tourisme : un secteur économique directement impacté par les attentats

 Le tourisme représente aujourd’hui 10% du PIB mondial et 7,5% du PIB de la France. C’est une secteur de plus en plus créateur d’emplois et de revenus pour la France et l’Europe.

Véritable vitrine de l’attractivité d’un pays, le tourisme a ce rôle stratégique et permanent de séduire, de convaincre et de communiquer auprès de l’ensemble de ses parties prenantes à l’échelle mondiale.

Mais les actes terroristes sur le sol français ont considérablement changés la donne. Avant les attentats, le secteur touristique était en croissance, de l’ordre de 2 à 3%. Après la vague d’attentats qu’a connu le pays, le secteur s’est effondré à Paris (-12%) et sur la côte d’azur (-10%).

Paradoxalement, on observe une bonne résistance en dehors de ces zones géographiques et le tourisme d’affaire a bien résisté.

Comment le secteur touristique Français gère-t-il les conséquences des attentats ?

Pour Christian Mantei, le secteur touristique doit savoir respecter deux phases post-attentats dont voici les clés :

Phase 1 : silence et savoir-être

Au début, il faut marquer un temps de silence. Communiquer c’est aussi savoir se taire. Prenons le bon exemple : après l’attentat de Nice, le comportement des professionnels du tourisme vis-à-vis des visiteurs internationaux a été bon. Il ne faut pas tenter de brusquer ou d’accélérer un retour à la normale. Pour relancer l’activité, il faut attendre le bon moment : celui où, sur les réseaux sociaux, les images des touristes redeviennent positives (vie quotidienne, etc.). Il faut bien entendu avoir mis en place sa veille e-réputationnelle pour détecter le moment opportun de la relance.

Phase 2 : stimuler le business mondial

Une fois que cette confiance est restaurée, il faut travailler avec tous les réseaux professionnels, soigner les relations B to B, leur redonner confiance et les remettre dans la boucle pour espérer une relance efficace. S’en suit alors le lancement des grandes campagnes de promotion avec une stratégie « différente ». Enfin il est nécessaire de convaincre les ministres d’investir plus qu’ils ne le veulent. Mais il ne faut pas s’arrêter au financement public et rechercher d’autres sources de revenus (région, transporteurs, ville, etc.).Tous les marchés ne réagissent pas de la même manière, c’est une question de sensibilité.

Retour d’expérience : l’exemple japonais

Pour le Bataclan, le marché qui a le plus mal réagit a été le marché Japonais. Il a fallu renouer des contacts (compagnies aériennes, agences de voyage, voyagistes, etc.) au Japon pour leur redonner confiance. Un mois et demi après ces évènements, les grands patrons japonais du secteur sont venus en France sur invitation d’Atout France. Il n’était pas question de visiter les lieux touristiques mais plutôt de visiter la préfecture de Paris pour voir les mesures prises pour sécuriser et rétablir la confiance.

Et la campagne digitale sur les marchés doit être stimulée. Le terme « état d’urgence » nuit très largement au tourisme. Il est anxiogène et accroit la sensation de risque. 46 millions d’euros ont été débloqués pour la sécurité des sites touristiques. Les images perçues par les touristes ont été positives sur les deux derniers drames (Louvre, Orly). Le fait que les deux assaillants aient été abattus sans ménagement a rassuré les touristes sur l’efficacité du dispositif en place. Ces évènements n’ont pas fait flancher le tourisme.

Le marché chinois à protéger

Le problème majeur aujourd’hui reste l’insécurité au quotidien pour les touristes (bus chinois agressés, etc.) et non pas la sécurité propre aux risques terroristes. Les chinois sont très touchés par cette délinquance quotidienne. La culture chinoise qui les pousse à se déplacer avec de grandes quantités d’espèces en fait des cibles prioritaires de la petite délinquance. Il est primordial de protéger le marché chinois qui est un des plus importants.

Un tourisme d’affaire qui reste solide

Le secteur du tourisme propre aux affaires a bien résisté car les acteurs touristiques français ont prouvé la sûreté des sites dédiés au business. Il a été relativement facile d’expliquer qu’un site fermé et confiné (par exemple le Palais des Congrès) exposait moins les businessman au risque d’attentat qu’un lieu public, ouvert et densément fréquenté. Face au terrorisme le monde dit « on résiste ! ». Les congrès, colloques, conférences ou séminaires ont donc été maintenus. Il y a un message clair envoyé au terrorisme « on ne lâche pas le business ».

 

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