Gestion de crise, diversité des parcours et exigence : rencontre avec Pascal Boniface, directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

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Gestion de crise, diversité des parcours et exigence : rencontre avec Pascal Boniface, directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

Rencontre avec Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, premier centre de recherche de dimension internationale à avoir été créé sur une initiative totalement privée.

Pascal Boniface est le directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) qu’il a fondé en 1991. Think-Tank français travaillant sur les thématiques géopolitiques et stratégiques, l’IRIS est le seul centre de recherche de dimension internationale à avoir été créé sur une initiative totalement privée, dans une démarche indépendante. Il est organisé autour de 4 pôles d’activité : la recherche, la publication, la formation et l’organisation d’événements. La formation est aujourd’hui représentée par l’IRIS SUP’, l’école de l’IRIS qui forme chaque année plus de 300 étudiants en présentiel ou à distance.

Carrière

Lors de ses études de droit, Pascal Boniface développe une attirance pour l’enseignement et devient chargé de TD, assistant puis maître de conférence. C’est lors de sa 3ème année de droit qu’il fait la rencontre d’un professeur de droit international qui deviendra son directeur de thèse sur les « sources du désarmement ». Il deviendra par la suite son assistant à l’université.

Après un passage dans le cabinet de Jean-Pierre Chevènement, il lance l’IRIS dans les locaux de Paris 13 afin de publier l’Année Stratégique. L’IRIS s’est progressivement développé et professionnalisé pour devenir un véritable centre de recherche. L’école a ensuite été créée autour de 13 étudiants.

Comment expliquer que l’IRIS SUP’ réponde à la fois aux besoins des étudiants mais aussi des entreprises ?

Il n’y a pas eu de contraintes lors de la création de ces formations (hormis budgétaire). La première formation a été créée selon la question « qu’est ce qu’un étudiant de 3ème cycle doit savoir en un minimum d’heures sur les questions stratégiques ?». Sur cette base, les diplômes évoluent et se développent selon les retours des étudiants. La formation n’est pas figée. Les entreprises prennent également part aux discussions.

Les étudiants ont des profils très divers, issus de cursus très différents, et sont employés dans de nombreux secteurs. La formation est plus orientée sur la décision que sur la théorie. Sans être formatés, ils répondent à un certain niveau d’exigence qui satisfait les entreprises. Il n’y a pas de profil type d’étudiant à l’IRIS. Les étudiants trouvent dans la grande majorité un emploi dans un délai raisonnable à la fin de leur diplôme. L’IRIS SUP’ a par ailleurs tissé un réseau très dense avec de nombreuses entreprises de taille très diverses qui emploient les étudiants de l’école.

Comment expliquer qu’une partie des élèves ait une appétence pour le domaine militaire ?

L’appétence pour le domaine militaire ne concerne qu’une petite partie de l’effectif des étudiants de l’IRIS plutôt concentrés au sein du master « Défense, sécurité et gestion de crise ». Rentrer dans des organes tels que la DRM ou la DGSE est difficile. La philosophie de l’IRIS est de ne pas dire à un étudiant que c’est impossible mais plutôt de le mettre en garde et de le pousser à prévoir un plan B en cas d’échec. Il n’y a plus de métier intéressant où l’on rentre facilement. La problématique est la même pour les étudiants souhaitant s’orienter vers des postes de diplomates ou de recherche en géopolitique par exemple.

Quelle est la place de la gestion de crise dans les formations IRIS ?

La gestion de crise est un thème transversal abordé dans plusieurs master à l’IRIS SUP’ sous forme théorique mais également mis en pratique à travers des exercices comme les simulations de crises internationales.

Quelle a été l’évolution de la prise en compte de la gestion de crise par les entreprises ?

La rapidité de l’information et la force des réseaux sociaux confrontent plus rapidement les entreprises à des situations de crise qu’il faut gérer. L’intégration de ce risque est primordiale pour la bonne gestion d’une crise. Aujourd’hui la plupart des gens ont intégré l’idée que plus l’on est connu, plus l’on est fragile. Il est normal qu’un incident dans une société connue soit plus relayé car c’est ce qui intéresse la population. L’avantage de la notoriété peut devenir un talon d’Achille si la gestion de crise n’est pas anticipée.

L’IRIS a-t-elle connu des crises de réputation ?

Hormis des crises de croissance et un piratage informatique résolu dans les 24h, l’IRIS n’a jamais fait face à une crise majeure. Si cela devait arriver l’IRIS serait prêt à faire face et à y répondre notamment grâce à ses nombreux soutiens . La défense de l’IRIS reposerait sur des ambassadeurs.

Quelle est votre utilisation des réseaux sociaux comme Twitter ?

Je suis très actif sur Twitter, mon compte est suivi par plus 50 000 followers. C’est un moyen intéressant de prendre l’initiative. Il vaut mieux être à l’initiative de sa communication que de la subir. Les réseaux sociaux sont un levier et nous poussons les chercheurs à être présent sur ces médias et à communiquer.

Les étudiants ont-ils besoin d’être formés sur les réseaux sociaux ?

A l’IRIS SUP’, les étudiants ne sont pas véritablement formés sur ces questions car ils ont souvent un temps d’avance dans ce domaine. Cependant, si l’on veut progresser sur ce créneau, il faut demander conseil à des gens qui ne sont pas de la même génération que nous. Nous sommes désormais dans un monde où la génération au-dessus apprend à la génération nouvelle et vice versa dans certains domaines. Nous ne sommes plus dans le paradigme des anciens qui apprenaient aux plus jeunes sans échanges. Les réseaux sociaux font que chacun est consommateur et émetteur d’informations. Ce changement se voit également lors des conférences ou désormais le public veut interagir avec les intervenants, les temps de questions sont devenus une nécessité.

Si l’IRIS ne forme pas directement les étudiants à l’utilisation des réseaux sociaux, les étudiants sont poussés à avoir une vraie réflexion sur les informations qu’ils reçoivent. La mise en perspective de l’information est très importante.

Concernant le Think-Tank en lui-même, quels sont les objectifs ?

L’IRIS couvre les grandes problématiques internationales et répond à des besoins. Le Think-Tank est dans la réactivité du fait que l’Institut n’est pas réellement subventionné. L’IRIS répond à des appels d’offre, à des commandes d’entreprises, de l’administration… Les structures font appel à l’IRIS pour les compétences d’analyse des chercheurs. Le Think-Tank est plus dans l’opérationnel que l’étude théorique libre de contingence.

L’IRIS travaille beaucoup sur les questions de corruption, blanchiment d’argent mais n’a pas eu de contrats d’image c’est-à-dire d’entreprises ayant vu leur réputation dégradée par des affaires. Ce n’est pas la vocation de l’Institut. L’IRIS fait extrêmement attention à son indépendance, c’est son capital.

Les réseaux sociaux ont-ils un impact sur les relations internationales ?

Une décision politique est le fruit de milliers d’influences. Les responsables politiques sont en retard sur l’utilisation des réseaux sociaux. Pour la plupart d’entre eux, ils sont encore très sensibles à la presse classique. Ils ne regardent pas encore avec acuité les réseaux sociaux. Mais en Chine par exemple, ils ont une relative influence sur les décisions du président chinois, ce n’est plus la Chine de Mao.

Les réseaux sociaux ont également eu un rôle majeur dans les révolutions arabes. On note que leur utilisation est faible dans les pays les moins développés économiquement. De par leur simplicité d’utilisation, les réseaux sociaux ont souvent un rôle de starter et créent une émulation autour de sujets divers et variés.

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