République de Chypre : victime collatérale des sanctions occidentales contre la Russie

République de Chypre : victime collatérale des sanctions occidentales contre la Russie

“Les souvenirs tragiques du juillet noir de 1974 sont revenus comme un coup de poing dans le ventre en voyant à la télévision les milliers de personnes en train de fuir”, déclare le journal chypriote Phileléftheros. 

Si les images de milliers de personnes fuyant la guerre en Ukraine font remonter à la surface les moments les plus sombres de la population chypriote, l’île se retrouve face à une situation délicate.  

Depuis la chute de l’URSS, un grand nombre de Russes se sont installés à Chypre qui présentait alors des avantages considérables. En raison des liens historiques et religieux, les Russes étaient très bien accueillis, contribuant largement à l’économie locale. C’est dans ce pays également connu sous le nom de « Moscou-sur-Méditerranée » que les Russes détiennent le plus d’avoirs au monde avec 190 milliards d’euros. Quant à sa capitale, elle compte une population russophone de 17%. 

Bien qu’environ 18.000 Russes soient résidents sur l’île, le tourisme russe demeure une source importante pour Chypre représentant 20 % des arrivées par an. D’après Savvas Perdios, ministre adjoint au Tourisme « Ils rapportent à l’économie locale un demi-milliard d’euros ». 

De nombreux Chypriotes ont vu leurs bénéfices croître à la suite de leur collaboration avec les oligarques russes. Quant au tourisme qui vit en grande partie grâce à ces derniers, 30% des hôtels pourraient ne pas être en mesure d’ouvrir à la vue des sanctions européennes contre la Russie.  

Depuis l’invasion de l’Ukraine, les oligarques russes pensent que la situation en Russie va se détériorer conduisant ainsi à une explosion de la demande russe dans l’immobilier à Chypre. Marat Khabiev, agent immobilier russe qui travaille pour des clients fortunés explique : « On reçoit jusqu’à quatre nouvelles demandes chaque jour, c’est du jamais vu ! » 

Étroitement liée à la Russie, mais également membre de l’Union européenne, la République de Chypre a été obligée de revoir sa relation spéciale avec Moscou en raison des sanctions imposées par l’Occident à la suite de la guerre en Ukraine. Le Parlement chypriote a adopté à l’unanimité une résolution condamnant l’invasion russe dès le lendemain de la guerre. Le président Nicos Anastasiades quant à lui a déclaré que l’île était « solidaire de tous les Européens ». De ce fait, des habitants de Nicosie ont participé à un rassemblement de soutien à l’Ukraine, dénonçant la guerre engagée par la Russie.      

Néanmoins, Chypre n’a pas toujours soutenu les sanctions européennes. Les autorités chypriotes se sont d’abord opposées à l’interdiction pour les grandes banques russes d’accéder au SWIFT, un moteur essentiel du commerce mondial, avant de se raviser.  

Selon l’ambassadeur de Russie en Nicosie, Stanislav Osadtchiï, « Chypre s’est « tirée une balle dans le pied » en soutenant les sanctions européennes : « Où Chypre va-t-elle trouver ses touristes russes ? Où iront-ils ? En Turquie, c’est ce que vous voulez ? » a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne chypriote Sigma TV. 

Mais si Chypre a accepté de fermer son espace aérien aux avions russes, le ministre chypriote des Affaires étrangères, Ioannis Kasoulides a ajouté qu’elle pourrait revenir sur sa décision si la Turquie refusait de fermer son espace aérien. Une déclaration qui a été confirmée par le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Demetris Demetriou, qui a déclaré à son tour que Chypre pourrait suivre sa propre voie et rouvrir son espace aérien aux vols russes si les intérêts nationaux de la République étaient en jeu. 

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